LES ROUTES VAROISES EN LIBERTÉ
La passion de la moto, tout simplement.
Dernière mise à jour du site 24 juin 2026
LE CHÂTEAU DE THOUZON ET CHAMPS DE COQUELICOTS
23 mai 2026.
Parce qu’il y a des journées qu’on ne peut pas laisser filer… départ ce samedi pour une balade au parfum de printemps, direction les champs de coquelicots en fleurs, véritables tapis rouges posés au milieu de la Provence.
Nous en profiterons pour faire une halte au superbe Château de Thouzon, perché sur sa colline et chargé d’histoire.
Et comme le ciel promet son plus beau bleu et que le soleil compte bien jouer les vedettes, un pique-nique sera bien sûr au programme.
Préparez les lunettes de soleil, l’appareil photo et la bonne humeur… les kilomètres auront un parfum d’été avant l’heure.
Ce matin, rendez-vous à 08h00 pour une partie du groupe à notre point de rassemblement habituel. Le départ est prévu à 08h30 pétantes afin de rejoindre la seconde escouade des copains et prendre ensemble la direction des petites routes baignées de soleil.
Cette sortie sera aussi l’occasion de souhaiter la bienvenue à Caroline, qui pilote une élégante Triumph Tiger 800, ainsi qu’à Marc, aux commandes d’une Kawasaki Eliminator 500. Deux nouvelles montures, deux nouveaux sourires dans le convoi, et déjà l’odeur du café du matin mêlée aux moteurs qui s’éveillent.
Direction le majestueux Château de Thouzon, planté au sommet de sa colline, avec une vue imprenable sur les plaines du Vaucluse. À cette période, les petites routes sont baignées des senteurs des genêts en fleurs et surtout éclaboussées du rouge flamboyant des coquelicots qui s’étendent en champs entiers comme une mer écarlate sous le soleil provençal.
Situé dans le défilé de Canteperdrix, La Durance se resserre brutalement encadrée par des falaises calcaires, ce goulot naturel en fait un passage stratégique depuis l'antiquité. Nous franchissons le Pont Mirabeau frontière naturelle entre plusieurs mondes provençaux.
Pont détruit, piles arrachées par les puissantes crues de La Durance, ouvrage plusieurs fois fragilisé, et reconstructions multiples. La Durance capricieuse devient une sorte de juge de paix dans la construction de ce type d'ouvrage.
La Durance n’a pas vraiment « rétréci par caprice », elle a surtout été domestiquée à grande échelle. Aujourd’hui, c’est une rivière qui a été mise sous perfusion hydraulique et dont le débit naturel a été profondément transformé.
Résultat, le lit s'élargit, l'eau se disperse en bras multiples et on a l'impression d'un fleuve asséché avec beaucoup de galets et peu d'eau.
Le moteur ronronne bas, comme un chat qui connaît déjà le chemin. Nous quittons les routes plus pressées pour glisser vers les rubans clairs du Vaucluse, là où la terre respire large et les virages ont oublié d’être pressés.
Autour de nous, les genêts commencent leur feu doux. Jaunes éclatants, presque insolents, ils prennent le soleil de face et le lui rendent sans négociation. L’air sent la chaleur sèche, un mélange de poussière propre et de printemps qui insiste. Et, la température qui monte doucement en régime.
La route s’étire, tranquille, sans se défendre. Chaque courbe est une invitation plutôt qu’un ordre. Tu la prends en douceur, juste ce qu’il faut pour sentir la moto se pencher comme une pensée qui change d’angle.
Et puis, presque sans prévenir, les premiers coquelicots apparaissent. Rouge fragile, rouge vivant, comme des éclats de cœur déposés au bord des champs. Ils ondulent au passage du vent et du deux-roues, sans jamais se laisser dominer.
Entre genêts et coquelicots, le paysage devient une conversation. Le jaune parle de soleil, le rouge parle de vie brève mais intense, et la route, elle, ne choisit pas. Elle relie tout ça, simplement.
Le chemin suffit.
La matinée a glissé sans que tu t’en rendes vraiment compte, absorbée par les lignes tranquilles du Vaucluse. Les villages se succèdent comme des pages tournées sans bruit… mais voilà que le corps, lui, commence à réclamer sa pause café avec une insistance toute humaine.
Sauf que les villages ont déjà plié leur rideau. Terrasses vides, chaises empilées, volets mi-clos. Le café du coin n’est plus un point de chute, plutôt un souvenir accroché à une enseigne défraîchie.
Enfin, un miracle discret : une petite terrasse isolée, ou peut-être juste un bar de village qui n’a pas encore rendu les armes. Pas de déco sophistiquée, pas de promesse touristique. Juste une machine à café qui ronronne comme une vieille alliée fidèle.
Le casque posé, la tension qui descend, et les rafraîchissements qui arrivent avec une simplicité presque sacrée. Trop tardif peut-être pour certains… mais parfaitement à l’heure pour vous.
c’est un peu un balcon accroché au Luberon, suspendu entre ciel et vallons, à environ 425 mètres d’altitude. Un village perché du Vaucluse qui regarde la vallée du Calavon comme on surveille une mer tranquille de vignes et de vergers.
Ici, rien n’est plat. Les ruelles montent, descendent, se tordent entre des maisons en pierre blonde et des passages étroits. En haut, l’ancienne église domine, posée comme un phare de pierre.
Bienvenue à Bonnieux.
Nous ne faisons que traverser ce lieux appréciés des motards.
Le virage s’ouvre à peine que la route change de nature. Un instant encore, tu étais seul avec la pierre chaude, les odeurs de garrigue, le jaune des genêts et le rouge vif des coquelicots… et soudain, le monde immobile s'anime !
Un troupeau de brebis occupe la chaussée comme une marée lente, vivante, indécise. Ça avance sans stress, sans logique apparente, juste guidé par cette mécanique ancienne du déplacement collectif. Les clochettes tissent un fond sonore irrégulier, presque hypnotique.
Sur les côtés, deux silhouettes tranchent dans ce chaos doux. 2 « Border-Collie » en chef d'orchestre. Ils ne courent pas vraiment. Ils dessinent. Un mouvement ici, un regard là, une pression invisible qui suffit à faire pivoter tout les brebis. Leur travail ressemble à une chorégraphie improvisée mais parfaitement comprise entre eux et le troupeau. Les brebis obéissent sans réfléchir, comme si le simple fait de douter n’était pas dans leur vocabulaire.
Et puis, en queue de convoi, une autre présence.
Lui ne court pas. Il accompagne. Il boîte légèrement, vieille mécanique fatiguée mais toujours fiable. Sa démarche a quelque chose d’ancien, presque cérémoniel. Pas besoin de démonstration, il est là parce qu’il a toujours été là. Un berger des Pyrénées, museau tanné par les saisons, avance lentement. Il ne presse rien. Il suit son monde comme on suit une histoire qu’on connaît déjà par cœur, mais qu’on respecte encore.
Tu coupes légèrement les gaz. Le moteur descend dans un murmure presque respectueux. Le temps se dilate encore, suspendu entre les pierres chaudes et le troupeau.
Le troupeau finit par glisser hors de la trajectoire, avalé par un champ voisin comme une pensée qui retourne à sa source,
et la route redevient route.
Un regard échangé, bref, entre lui et moi comme pour me dire que la route est libre. Pas de surprise chez lui. Juste cette évidence tranquille : la route se partage, elle devient un passage. Ce n'est pas le troupeau qui traverse la route, c'est la route qui traverse la nature.
Mais pendant quelques kilomètres encore, tu roules avec dans la tête ce ballet discret : Trois chiens, un homme, et des dizaines de petites vies blanches orchestrées par une sagesse sans discours.
Le Château de Thouzon se dresse comme une vigie de pierre posée sur son promontoire, mâchonnant le vent et le temps depuis des siècles. Ses murs, patinés par les saisons, semblent encore murmurer des histoires de guetteurs et de passages oubliés.
là-haut, le château attend. Pas pressé. Un peu comme s’il savait !
Quand nous serons prêts à attaquer l’ascension, il aura encore tout son temps pour nous observer.
En contrebas, notre pause pique-nique s’étire doucement à l’ombre des amandiers. Les branches filtrent la lumière en éclats dorés, comme si le soleil lui-même prenait le temps de respirer. ce silence particulier des lieux qui savent qu’on va bientôt les gravir.
Et ce silence particulier du lieu qui sait qu’on va bientôt le gravir, il aura encore tout son temps pour nous observer.
3 écoles, 3 façons de gravir le sentier.
Je suis donc en train de gravir le Château de Thouzon avec un groupe qui a visiblement été recruté selon trois critères : motivation variable, cardio aléatoire et capacité à négocier avec une pente.
Moi je suis dans la catégorie que les scientifiques appellent :
« micro-décès temporaires debout ».
8 mètres → pause.
3 mètres → doute existentiel.
1 pierre → conversation intime.
Au sommet, le storytelling :
« Lui, j’ai vraiment profité du paysage »
« Elle, j’ai géré mon effort intelligemment »
« Moi, j’ai… fait de la méditation verticale »
Ils me regardent d'un oeil interrogateur :
« Performance suspecte non homologuée par la Fédération Internationale de la Pause »
Le Château de Thouzon est un ancien monastère fortifié perché sur une petite colline du Comtat Venaissin, près du Thor, dans le Vaucluse. Aujourd’hui en ruines, il domine toujours la plaine comme un vieux veilleur de pierre balayé par le mistral.
Au départ, au début du XIᵉ siècle, le site appartient aux moines bénédictins de l’abbaye Saint-André de Villeneuve-lès-Avignon. Dès 1014, des textes mentionnent déjà des églises et un petit village installés sur le mont de Thouzon. Le lieu devient rapidement un prieuré important, protégé par les puissants comtes de Toulouse.
Au fil du Moyen Âge, le monastère se transforme progressivement en véritable forteresse. On lui ajoute des murailles, des tours et une double enceinte défensive. Cette position élevée permettait de surveiller toute la plaine du Comtat Venaissin, entre le Ventoux, les Alpilles et le Luberon.
Le château traverse ensuite plusieurs périodes agitées. En 1396, il est occupé par les troupes de Raymond de Turenne, l’un des grands seigneurs turbulents de Provence. Pendant les guerres de Religion, au XVIᵉ siècle, le célèbre Baron des Adrets s’empare également du domaine
À partir du XVIIᵉ siècle, le site perd peu à peu son importance stratégique. En 1696, les moines vendent le château et les terres à une famille noble locale. Puis vient le lent déclin : abandons, pillages, effondrements… Au XIXᵉ siècle, une partie des bâtiments est même démolie malgré des contestations juridiques. Le château devient alors cette silhouette ruinée que l’on connaît aujourd’hui.
Malgré cela, plusieurs éléments remarquables subsistent encore :
- L’église Sainte-Marie,
- La chapelle Saint-Pierre,
- Des pans de remparts,
- Deux tours,
- Une citerne creusée dans la roche.
Le site possède aussi sa petite touche de légende provençale : on raconte qu’une « Dame Blanche », fille d’un comte de Toulouse, se serait enfuie avec un ménestrel dont elle était amoureuse… Un parfum de troubadours et de lune pâle flotte encore autour des pierres.
Cette lune pâle flotte dans l'air de nos photos... la « Dame Blanche » nous ferait-elle signe ?
Aujourd’hui, le château est une propriété privée restaurée avec l’aide de l'association REMPART. Il se visite sur rendez-vous.
Vous pouvez télécharger leur dépliant en cliquant sur l'image de droite.
L’Église Sainte-Marie de Thouzon est le batiment principal du site de Thouzon. Perchée au sommet de la colline calcaire, il fut le premier construit entre le XIe et XIIe siècle. Occupée par des moines bénédictins elle faissait office de forteresse spirituelle. Puis le site fut occupé par des militaires qui le transformèrent en place fortifiée.
Ce crâne humain conservé dans l'église a été découvert au pied des remparts lors des travaux de restauration du site. Son identité demeure inconnue, mais il pourrait s’agir d’un assaillant tombé durant l’une des nombreuses attaques qu’a subies la forteresse au fil des siècles. Une fracture visible sur l’os frontal laisse clairement apparaître une blessure probablement mortelle. Le mystère reste entier… peut-être l’un des tout premiers « cold-cases » de l’Histoire
Et toujours, autour des vieilles pierres meurtries par le temps, la présence éclatante des champs de coquelicots… comme une marée rouge venue adoucir les cicatrices de l’Histoire
Il est temps de reprendre la route vers le Var, en laissant derrière nous ces pierres chargées de mémoire. Cap sur les petites routes sinueuses qui ont ce goût particulier de liberté, celles qu’on choisit plus pour le voyage que pour la destination.
La traversée de la vallée de Vauvenargues déroule son décor comme une toile vivante : reliefs doux puis plus abrupts, pinèdes parfumées, et cette lumière provençale qui accroche les crêtes du Montagne Sainte-Victoire toute proche. Ici, la route serpente, respire, et invite à lever un peu le rythme. Les virages s’enchaînent, parfois serrés, parfois ouverts sur de vastes échappées où les coquelicots cèdent la place. On sent le basculement vers le Var : la roche change de teinte, la végétation devient plus dense, et l’air semble glisser doucement vers des senteurs de garrigue plus boisée.
Une transition en douceur, presque une mue de paysage, avant de plonger encore plus profondément dans ces routes secondaires qui racontent notre Provence mieux que n’importe quelle autoroute.














