LES ROUTES VAROISES EN LIBERTÉ
La passion de la moto, tout simplement.
Dernière mise à jour du site 24 juin 2026
LA VILLE D'ARLES
12 mai 2026.
Une journée particulière
parce qu’elle marque le début d’une nouvelle aventure sur la Honda NT1100…
avec une pensée sincère pour ma fidèle Harley-Davidson Pan America qui m’a accompagné pendant 4 ans et demi.
Près de 90 000 km parcourus ensemble.
Des levers, parfois aussi des couchers, de soleil, des cols, des pluies mémorables, des frontières franchies, des rencontres, des retours tardifs, des galères parfois… des milliers de virages, une machine qui n’a jamais été seulement une moto, mais une véritable compagne de route.
Merci à elle, bon vent ma Belle.
Comme d’habitude, rendez-vous à Rocbaron pour la première partie du groupe.
07h30 du matin… c’est un chouille tôt, les yeux piquent encore un peu derrière les visières, mais la route est longue et on compte bien profiter jusqu’à la dernière minute de ces belles journées de printemps.
08h00 pile, direction Saint-Maximin-la-Sainte-Baume où nous attendent Joëlle, Jean-Michel et Jasmine.
Les moteurs ronronnent doucement dans l’air frais du matin.
Comme aux échecs : une prise en passant. ♟️
Le groupe s’agrandit sans casser le rythme, les motos se replacent naturellement, et la caravane mécanique reprend sa route à travers les paysages varois baignés d’une lumière dorée de petit matin.
Devant nous : les longues départementales, les odeurs de pin chauffé par le soleil naissant… et au bout du voyage, Arles et ses antiques Arènes qui nous attendent.
Sur notre route, la silhouette majestueuse de la Montagne Sainte-Victoire apparaît peu à peu à l’horizon.
Immense mur de pierre posé entre ciel et Provence, elle accroche au passage quelques nuages voyageurs comme une vieille reine qui refuse de laisser filer sa cour.
La lumière du matin glisse sur ses falaises blanches pendant que nos motos déroulent les kilomètres au pied du massif.
Même après des années de route dans le Sud, certains paysages gardent ce pouvoir étrange : ils obligent à relever un instant les yeux du compteur pour simplement regarder… et profiter.
L'aqueduc de Roquefavour.
C’est un ouvrage spectaculaire du XIXe siècle qui transporte les eaux de la Durance jusqu’à Marseille grâce au canal de Marseille. Construit entre 1841 et 1847 sous la direction de l’ingénieur Franz Mayor de Montricher, il reste le plus grand aqueduc en pierre du monde.
Avec ses grandes arches superposées au milieu des collines provençales, il a quelque chose d’un pont romain géant échappé du temps. Depuis la route, surtout à moto sous le soleil du matin, il surgit comme une cathédrale minérale posée au-dessus de la vallée de l’Arc.
Puis, au détour d’un virage, surgit l'Étang de Berre.
Immense miroir aux couleurs changeantes, quelque part entre le bleu profond et le vert émeraude, magnifique comme une parenthèse de fraîcheur ouverte au milieu de la chaleur provençale.
Après les collines sèches et les pierres blanches, la vue surprend toujours. L’air semble soudain plus léger, presque iodé, et la lumière danse sur l’eau sous les rafales du mistral.
Pendant quelques kilomètres, les motos longent ce décor éclatant où le ciel, l’eau et les montagnes semblent se mélanger dans une même aquarelle mouvante.
La route continue vers Arles.
Le paysage change doucement. Les reliefs provençaux s’effacent peu à peu pour laisser place aux grandes étendues ouvertes de la Camargue toute proche. Les lignes droites s’allongent, le vent vient frapper les épaules et les motos prennent ce rythme fluide des longues traversées.
Autour de nous, les platanes défilent comme des gardiens silencieux de la route, les champs brillent sous le soleil de printemps et, parfois, une odeur de terre chaude et d’herbes sauvages traverse les casques entrouverts.
Arrivés à Arles, Patrick, road-captain du jour, nous avait préparé un parking aux petits oignons.
Parking spécial motos, idéalement placé au pied des majestueuses Arènes d'Arles… et cerise sur le guidon c'est gratuit !
Autant dire qu’après plusieurs heures de route, voir toutes les motos parfaitement alignées à deux pas des arènes a déclenché ce petit bonheur simple que seuls les motards comprennent vraiment.
Les casques tombent, les blousons s’ouvrent enfin sous le soleil de midi et finissent dans les top-cases, et le grondement des moteurs laisse place aux éclats de rire et au plaisir d’être exactement là où il faut, au bon moment.
Arriver à Arles pile pour l’apéro avec les arènes en décor de cinéma romain… ça sent déjà un après-midi qui glisse tout seul.
Ambiance terrasse, parasols et vue sur les arènes.
Un Colisée provençal.
Construites vers la fin du Ier siècle après J.-C., probablement sous la dynastie flavienne, les arènes pouvaient accueillir environ 20 000 spectateurs.
Pour une ville de cette taille, c’était gigantesque. Arles, alors Arelate, était une cité romaine extrêmement prospère grâce au Rhône et au commerce méditerranéen.
L’architecture reprend le principe du Colisée de Rome :
- Façade à deux niveaux d’arcades,
- circulation rapide des foules,
- Hiérarchie sociale dans les gradins,
- Vaste piste centrale en sable.
Juste après déjeuner visite des arènes, la pierre chauffe doucement sous le soleil provençal…
Un vrai bain d’Antiquité.
Le mot “arène” vient d’ailleurs du latin harena, qui signifie
le sable qui absorbe le sang.
Oui, il y a eu des combats de gladiateurs.
Et pas seulement quelques démonstrations folkloriques.
Les arènes étaient conçues pour ça.
On y organisait :
- Des combats de gladiateurs,
- Des chasses d’animaux sauvages,
- Des exécutions publiques,
- Des spectacles impériaux.
Arles étant une colonie romaine importante, les jeux servaient autant à divertir qu’à montrer la puissance de Rome.
L'empereur le plus célèbre ayant séjourné à Arles est Costantantin dit Constantin Le Grand.
Au IVe siècle, il séjourne régulièrement à Arles, qui devient même une résidence impériale importante. Son fils Constantin II y est né en 316. La ville était alors presque une “capitale secondaire” de l’Empire d’Occident.
Il est très probable que Constantin ait assisté à des cérémonies ou spectacles dans les arènes.
De nos jours l'arène accueille toujours des félins...
Depuis le point culminant des arènes, la vue est tout simplement spectaculaire : un panorama à 360° s’ouvre sur toute la ville d’Arles, entre toits ocres, clocher de Saint-Trophime, Rhône scintillant et étendue sauvage de la Camargue au loin. On a presque l’impression que les pierres romaines jouent encore leur rôle de vigie, observant la ville depuis deux mille ans.
Perchée sur son rocher à quelques minutes d’Arles, l'Abbaye de Montmajour ressemble à un vaisseau de pierre échoué au milieu de la plaine de la Crau. Fondée en 948 par des moines bénédictins, elle rassemble près de mille ans d’histoire, mêlant art roman, gothique et architecture classique dans un même décor minéral.
Vincent van Gogh y venait souvent entre 1888 et 1889 pour dessiner et peindre la lumière provençale. Son tableau Coucher de soleil à Montmajour a d’ailleurs contribué à la légende du lieu.
Le panorama sur les toits d’Arles semble vibrer sous la chaleur provençale : une mosaïque de tuiles blondes et orangées baignées de lumière, où les cheminées, clochers et façades anciennes dessinent un décor presque intemporel. À l’horizon, la Camargue et les Alpilles prolongent cette mer minérale chauffée par le soleil du Sud
Le Rhône baigne de ses eaux vives les rives d’Arles, apportant à la ville ses reflets mouvants, sa fraîcheur et cette présence puissante qui accompagne Arles depuis l’Antiquité. Entre quais de pierre, lumière dorée et courant majestueux, le fleuve façonne le paysage comme une artère vivante traversant la Provence.
Impossible de la manquer dans le ciel d’Arles : la spectaculaire tour LUMA, Parc des Ateliers surgit comme un immense éclat d’aluminium froissé au-dessus des anciens ateliers SNCF.
Imaginée par l’architecte Frank Gehry pour la fondation LUMA de Maja Hoffmann, la tour culmine à 56 mètres et mêle art contemporain, architecture expérimentale et espaces culturels.
Le bâtiment joue avec la lumière provençale comme un miroir vivant : selon l’heure du jour, ses milliers de panneaux métalliques passent du gris argent au doré incandescent. Gehry explique s’être inspiré des Alpilles, des arènes romaines et même des coups de pinceau de Vincent van Gogh.
Le bâtiment divise autant qu’il fascine. Certains y voient un phare futuriste posé dans une ville antique, d’autres un “ovni architectural” un peu provocateur. Les discussions en ligne oscillent entre admiration totale et débats passionnés sur son intégration dans le paysage arlésien.
À l’horizon, la ligne du regard se froisse dans les mirages de chaleur : l’air ondule, tremble, et découpe le paysage comme une lame liquide. Là-bas, le Mont Ventoux se devine, massif et clair, encore coiffé de neige — une dernière insoumission de l’hiver.
Des nuages s’y agrippent, enroulés autour du sommet comme des drapés récalcitrants, refusant de céder le passage au printemps. On dirait qu’ils négocient avec le vent, suspendus entre deux saisons, entre blanc et lumière.
Depuis les hauteurs d’Arles, cette apparition lointaine ajoute une profondeur presque irréelle au paysage : le plat du delta, les toits chauffés, le Rhône en ruban brillant… et, tout au bout, ce géant des Alpes qui hésite encore à se dévêtir de l’hiver.
Après les pierres puissantes des arènes, Arles change de rythme. On quitte l’écho des gradins pour entrer dans un labyrinthe plus intime, où les ruelles d’Arles deviennent des veines de pierre chaude, irrégulières, vivantes.
Une dernière image, comme on claque doucement un carnet de voyage dont les pages sentent encore la poussière chaude et le soleil.


























